Des propositions à ceux et celles qui luttent
5 décembre 2018 par Eric Toussaint
Certains estiment que lorsqu’on engage un mouvement contre une taxe (instrument censé être redistributif, en théorie du moins) plutôt que pour l’augmentation des salaires (au sens large, sécurité sociale comprise), on se retrouve dans un mouvement de droite. La réalité est bien différente : bien des mouvements révolutionnaires ont éclaté parce que le poids d’impôts considérés comme injustes était devenu insupportable pour la majorité du peuple.
Le démarrage de la révolution française a été marqué par le rejet de la politique injuste de la monarchie au niveau fiscal. La majorité de la population était soumise à une charge d’impôts énorme et totalement inéquitable puisque la noblesse et le clergé ne payaient pas d’impôts. Pourquoi la monarchie augmentait-elle les impôts ? Pour rembourser la dette publique empruntée aux bourgeois, dette publique qui servait les intérêts du régime sans prendre en compte les besoins de la population.
Un des déclics de la révolution liégeoise de 1789 a été l’impôt sur la bière, qui a constitué la goutte qui a fait débordé le vase. Là aussi, le peuple n’acceptait plus que le clergé et la noblesse soient exemptés du paiement de l’impôt et dénonçait le fait que 25 % du budget de la principauté de Liège allaient au remboursement d’une dette publique illégitime.
La première révolution russe de 1905 a été notamment provoquée par les impôts injustes servant à financer le remboursement de la dette publique qui avait augmenté suite aux guerres dans lesquelles le pouvoir tsariste s’était engagé. Avant son arrestation par la police du Tsar, la direction du mouvement révolutionnaire à la tête des conseils d’ouvriers, de paysan-ne-s et de soldats de la capitale Saint-Pétersbourg avait annoncé qu’il fallait arrêter de rembourser la dette contractée par le pouvoir en place.
L’imposition de la poll-tax décrétée par Margaret Thatcher en 1989 en Grande-Bretagne a provoqué un très grand mouvement populaire de résistance car cette taxe sur les logements frappait injustement le peuple. Cela provoqua des émeutes à différents endroits du pays et entraîna la chute de la Dame de fer.
En 2018, le mouvement des gilets jaunes qui se développe, entre autres, en France, dans sa colonie de l’île de la Réunion et en Belgique (wallonne et bruxelloise, principalement) constitue l’expression d’un profond ras-le-bol contre l’injustice flagrante des politiques menées par les gouvernants : une grande partie de la population a vu ses revenus diminuer, est victime de la baisse de qualité des services publics et éprouve de plus en plus de difficultés pour faire face au coût de la vie. Une majorité de celles et ceux qui participent à ce mouvement n’est pas organisé-e dans les partis et les syndicats. Les gilets jaunes dénoncent les taxes injustes, les salaires ainsi que les retraites de misère, ils exigent une hausse du salaire minimum et du pouvoir d’achat. Apparaît très souvent la revendication du rétablissement en France de l’impôt sur la fortune ISF.
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http://www.cadtm.org/Gilets-jaunes-apprendre-de-l-histoire-et-agir-dans-le-present
