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Leonarda ou l’impossible choix
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Un article de Valk du 30 octobre 2013

Je n’ai pas pu parler de toi. Pas pu signer une pétition pour toi. Pas pu manifester pour toi.
Ça aurait changé quoi ?

J’ai eu envie de hurler quand les journalistes se sont précipité. Quand le gouvernement s’est affolé. Quand on t’a demandé de trancher.
J’avais encore en tête les corps de tous ces noyés. De tous ces enfants emprisonnés en attente d’un retour dans “leur pays” quand ils sont nés ici.
Comment peut-on tomber aussi bas ? Comment peut-on supporter, avec tout ce qu’on sait de désormais possible, l’arrogance d’un “pays riche” ? Comment peut-on séparer, de la famille, mais aussi de l’ensemble des autres personnes confrontées au mêmes problèmes ? Comment peut-on cautionner une telle barbarie ? Une telle mascarade ?

Comment peut-on admettre encore les frontières ?

L’impossible abandon.

J’avais 7 ans.
Elle est venue vers moi une lettre à la main. Un petit sourire un peu crispé aussi.
Elle m’explique vaguement deux trois trucs, puis arrive la phrase qui suspend le temps :
"Tu préfères rester ici et aller dans un foyer ou vivre chez ta mamie où tu auras un vélo rouge ?"

J’avais 7 ans.
J’en ai eu 100.

J’en ai eu le souffle coupé de ne pas pouvoir choisir entre deux peurs.
J’en ai eu l’instinct qui hurlait tout ce qu’il sentait dans cette phrase : vraies promesses et faux-amis.

J’en ai eu la sensation de devoir être l’adulte dans l’histoire, mais celle à qui on pourra dire : “c’est toi qui a choisi” pour se dédouaner.

Je me rappelle de tout très précisément : la lumière qui passait par la baie vitrée de notre nouvel appartement qu’enfin j’aimais, dans cette Villeneuve entre Baladin, Arlequin, Ajoncs, Balcons… Ys réapparue au milieu des montagnes.

Je me rappelle du petit bureau où j’étais installée, faisant mes devoir. De son toucher de pellicule plastique qu’il ne fallait pas abîmer, mais c’était si tentant d’y enfoncer une pointe pour la sentir forcer le bois tendrement aggloméré en dessous.

Et puis j’avais une vraie grande chambre, enfin, et même une salle de jeu là, juste sur ma droite, je pourrai en toucher le bois si je tendais les doigts.

Et j’adorais ce logement étrange à trois étages : on aurait dit une cabane ! Dans le couloir, les portes arboraient une couleur que je ne connaissais pas, mystérieuse, ni bleue ni verte. Elle fut mon premier amour de rétine.

Lire la suite :
http://val-k-photos.tumblr.com/post/65516937212/leonarda-ou-limpossible-choix

Tag(s) : #Divers Faits
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