Transmis par Philippe Alain le 17 octobre 2013
C’est un campement géant en plein centre-ville de Lyon, à deux pas de la gare de Perrache. 300 demandeurs d’asile dont une centaine d’enfants occupent 120 tentes. La scène est incroyable, il faut le voir pour y croire. Mercredi 16 octobre, le Grand Lyon assigne les familles au tribunal pour demander leur expulsion immédiate.
L’expulsion : une priorité électorale
Gérard Collomb est candidat à sa propre succession à la mairie de Lyon. Expulser de leur lieu de vie 300 demandeurs d’asile semble constituer pour lui une priorité absolue dans sa pêche aux voix. Pour ceux qui en doutent, il suffit de regarder le bond spectaculaire de la côte de popularité de Valls chez les électeurs UMP et FN. Collomb fait le même calcul. Plus je tape sur les étrangers et les pauvres, plus j’ai de chance de gagner des voix chez les électeurs de droite. Il singe même son idole : « ces populations n’ont pas vocation à s’intégrer » déclare-t-il à propos des Roms et des demandeurs d’asile. (1) Pour les électeurs de gauche, il doit les croire suffisamment dociles pour se permettre de s’asseoir à ce point sur tout ce qui différenciait le PS de l’UMP, Hollande de Sarkozy et Valls d’Hortefeux ou Guéant… Mais çà, c’était avant. Avant mai 2012. Collomb est donc prêt à tout, même à s’inventer des titres de propriété pour pouvoir expulser des pauvres.
Femmes de ménages, grâce à Collomb, vous êtes riches
Pour demander l’expulsion d’occupants sans droit ni titre, encore faut-il être propriétaire des lieux occupés. Naturellement me direz-vous. Et bien non. Pas pour Gérard Collomb. Nos 300 demandeurs d’asile occupent un lieu improbable, en pente, situé sous l’autoroute A6 qui traverse Lyon. On a beau chercher dans tous les sens, on ne voit pas comment on pourrait inclure cette parcelle dans le domaine public routier qui relèverait de la compétence du Grand Lyon. Autoroutier à la limite, mais routier certainement pas. C’est mal connaître notre Gérard et ses avocats. Quoi ? Ce n’est pas moi le patron ? Je n’ai pas de titre de propriété ? Attendez, je vais trouver quelque chose. Voilà, j’ai trouvé la preuve : « Ce qui démontre notre qualité pour agir, c’est le fait qu’on assure l’entretien. On n’entretient pas ce qui nous appartient pas » clame haut et fort l’avocat.
Elle est pas bonne celle-là ? Faites gaffe. Demain, votre femme de ménage pourrait très bien, au nom de la jurisprudence Collomb réclamer votre expulsion sous prétexte qu’elle assure l’entretien de votre appartement.
Avant on disait : « possession vaut titre ». Maintenant, grâce à Collomb on dira : « entretien vaut titre ». Faire des ménages va devenir une profession extrêmement lucrative. Merci Gégé de revaloriser ainsi les métiers de pauvres. Ca c’est du socialisme.
Plus sérieusement. Cette affaire nous démontre jusqu’où un élu dit socialiste est prêt à aller pour récolter quelques voix supplémentaires. A moins que ce ne soit une manœuvre pour éviter à son copain le préfet d’avoir à monter en première ligne. Si le Grand Lyon n’a en effet aucune qualité pour assigner les demandeurs d’asile, c’est le préfet qui devra le faire. Mais là, se pose un autre problème.
Un préfet qui viole les droits des plus démunis
Le préfet est responsable de la situation à 3 titres. Si 300 demandeurs d’asile sont en train de pourrir dans la rue en attendant des mois, voire des années qu’on statue sur leur demande d’asile, c’est parce que le préfet en a décidé ainsi. En leur qualité de demandeurs d’asile, ces personnes devraient être en CADA (Centre d’Accueil des Demandeurs d’Asile) et non sous un pont. Le préfet a beau nous expliquer en pleurant qu’il n’a pas de moyens suffisants pour les héberger, on sait qu’il en trouve pour mettre à l’hôtel des citoyens communautaires en attendant de les expulser. (2)
En leur qualité de sans-abri, ces personnes en situation de précarité ont droit à un hébergement d’urgence. C’est l’article L 345-2-2 du code de l’action sociale et des familles qui précise que « toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique et sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence ».
Enfin, et ce n’est pas une blague, si ces personnes sont là aujourd’hui, c’est parce qu’elles y ont été conduites par la police début juillet 2013, suite à leur expulsion de la place Carnot, située à quelques centaines de mètres de là.
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![[Lyon] Collomb en campagne contre la mafia des poubelles](https://img.over-blog-kiwi.com/0/66/42/42/201310/ob_29f7bb_petite-fille-squat-perrache-png.png)