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Depuis le blog de Floréal le 19 février 2017

Ces quatre femmes sur la photo avaient un nom. Prudencia Acosta, María Antonia de la Purificación (connue sous le nom de « Pureza »), Antonia Juntas Hernández (« Antonia la repasseuse ») y Antonia Gutiérrez Hernández. Ne les oublions pas. Elles furent agressées, tondues et exhibées comme de vulgaires trophées brandis par la meute du franquisme. Cela s’est passé à Oropesa (province de Tolède).

Oubliées, maltraitées et violées, les femmes restées à l’arrière, lorsque les fascistes s’emparèrent de l’Espagne, subirent une répression extrême dont le but était de les déposséder de leur propre féminité.

Elles ont été et demeurent les grandes oubliées de cette histoire. Il fut peu question d’elles durant la guerre civile, et moins encore par la suite, alors que leurs maris ne revinrent jamais (morts au front, fusillés ou envoyés en prison). Elles durent souffrir dans leur corps une vengeance et un acharnement qui dépassent l’imagination.

On les tondait pour que personne n’oublie leur « délit ». Nombre d’entre elles furent forcées à boire de grandes quantités d’huile de ricin, dont les effets immédiats furent des douleurs de ventre, des brûlures, diarrhées et vomissements. Elles étaient ensuite traînées et exhibées de villes en villages.

Certaines, comme les femmes de Montilla (province de Cordoue), furent tondues mais on leur laissait sur le dessus de la tête une sorte de crête autour de laquelle était noué un ruban rouge destiné à rappeler leur appartenance à des partis ou groupements de gauche.

Cela fut justifié par les idéologues et assassins du fascisme, comme le sinistre général Queipo de Llano, l’un des militaires félons les plus sauvages, qui, sur Radio Séville, exhortait à la violence contre les femmes : « Nos vaillants légionnaires et soldats réguliers ont démontré aux lâches rouges ce qu’est être réellement un homme. Et par là même également à leurs femmes. Cela est totalement justifié, puisque ces communistes et anarchistes prêchent l’amour libre. Ils savent désormais ce que sont des hommes et non des miliciens pédérastes. »

La propagande fusait de tout lieu.

Les milieux fascistes impulsaient le féminicide, comme le journal Amba qui, le 16 mai 1939, publiait cet article intitulé « La rancœur des femmes laides », rédigé par José Vicente Puente.

« Madrid, comme tout ce que fut l’Espagne rouge – négation de la patrie –, nous a montré une faune qui évoluait parmi nous, la côtoyant quotidiennement sans que sa pestilence nous atteigne quant à sa malignité. L’une des pires tortures dans cette Madrid chaude et soule fut de voir la milicienne à la salopette ouverte, aux cheveux raides, à la voix aigre, le fusil prêt à faucher des vies par caprice malsain d’assouvir son sadisme. Il y avait dans le geste primitif et sauvage de la milicienne sale et échevelée quelque chose d’un atavisme mental et éducatif. Elles haïssent celles qu’elles appelaient des « demoiselles ». La vie de ces « demoiselles » les ennuyait. Elles préféraient les sandwiches aux sardines et piments au chocolat accompagné de biscuits. Elles étaient laides, basses, cagneuses, dépourvue du grand trésor d’une vie intérieure, sans le refuge de la religion, la féminité éteinte. Le 18 juillet, un désir de vengeance s’est allumé en elles, et dans l’odeur d’oignon et le foyer de l’assassinat sauvage elles souhaitèrent passer leur colère sur celles qui étaient belles. »

En 2013, un groupe de femmes est venu fouler aux pieds la dalle recouvrant la tombe de Queipo de Llano, à Séville, pour qu’ainsi le bruit n’étouffe pas la mémoire sur ces femmes tondues.

Pour ne pas oublier.

Complément d'info : Gonzalo Queipo de Llano
https://fr.wikipedia.org/wiki/Gonzalo_Queipo_de_Llano

Source :
https://florealanar.wordpress.com/2017/02/19/espagne-ces-femmes-tondues-que-nous-ne-devrions-pas-oublier/

Tag(s) : #Infos Internationales