Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Les Bisounours, c’était avant...

Le 27 janvier 2017

La violence armée dans les films pour enfants dépasse désormais celle qu’on voit dans les films pour adultes

Une étude publiée aux Etats-Unis par le journal Pediatrics montre que le total des scènes de violence présentes dans les films pour un jeune public a explosé ces trente dernières années. Désormais, cette violence armée dans les films pour jeunes dépasse la violence dans les films pour adultes. Les parents doivent prendre leur précautions avant d'aller au cinéma avec leurs enfants.

Serge Tisseron est psychiatre, docteur en psychologie et psychanalyste, chercheur associé HDR à l’Université Paris VII.

***
Atlantico : Les films destinés à un jeune public aux Etats-Unis contiennent de plus en plus de violence. La situation est-elle comparable en France ? Est-ce que les films destinés à un jeune public contiennent de plus en plus de scènes de violence par armes à feu ?

Serge Tisseron : La France n’a heureusement pas la même culture des armes à feu que les États-Unis. Beaucoup de films d’animation produits en France ces dernières années montrent d’ailleurs un souci extrême de la réception par le jeune public des situations pouvant avoir un potentiel traumatique.

Mais beaucoup de films américains bénéficient en France d’une publicité considérable souvent axée sur l’extrême violence de leurs contenus, et ils sont vus par beaucoup d’adolescents.

Se demander pourquoi tant d’adolescents cherchent cette violence est d’ailleurs un problème bien aussi important que celui de connaître les conséquences sur eux de ce qu’ils voient.

Mais la question semble peu préoccuper les chercheurs, notamment américains. Trop complexe peut être… 

Par ailleurs, pour les jeunes enfants, en France, n’oublions pas les films qui passent à la télévision en prime time, dont certains comportent leurs scènes les plus violentes dans le premier quart d’heure, celui qui a justement le plus de chance d’être vu par les petits encore installés à cette heure-là devant l’écran familial. Ils iront se coucher sans avoir vu la fin du film, celle dans laquelle le méchant sera peut-être finalement puni. Ils n’auront hélas vu que son impunité !

Et n’oublions pas non plus le problème que représente, pour les enfants emmenés au cinéma voir un film « de leur âge », le fait d’être confronté aux bande-annonces des films pour adultes, y compris de ceux qui sont interdits aux moins de 14 ans.

L’académie américaine de pédiatrie appelle les parents à la vigilance puisque leur législation fait appel à la responsabilité parentale.

L’Académie de médecine devrait appeler en France à l’interdiction de ces bandes-annonces en salle lors de la projection de films réservés aux jeunes enfants : ce serait une façon de prendre acte des décisions de la Commission de classification du cinéma, et des problèmes de santé psychique liés aux écrans.
 
Une étude menée aux Etats-Unis montre que les scènes de violences par arme à feu dans les films pour jeune public a dépassé le total de scènes de violences par arme à feu dans les films pour adultes au cours de ces trente dernières années. Quels sont les risques auxquels s'exposent les jeunes concernés par ces films ? Sont-ils capable d'absorber ces images violentes ?

On sait aujourd’hui que la mise en scène de la violence fait courir statistiquement plusieurs risques : celui d’être moins sensible à la souffrance d’autrui en réduisant l’empathie émotionnelle ; celui de percevoir les comportements violents comme normaux et susceptibles d’être mis en place pour résoudre des situations de la vie quotidienne ; et, chez certaines personnalités pathologiques heureusement rares, un risque d’imitation.

Ces dangers ne sont évidemment pas les mêmes selon que le spectacle regardé se déroule dans un monde sans lien avec celui du spectateur (comme dans un western, un univers fantastique ou au Moyen Âge) ou bien dans un monde semblable à celui dans lequel il vit chaque jour.

Par ailleurs, cela ne nous éclaire pas sur les réactions des spectateurs : ceux qui se trouvent renforcés dans le désir d’utiliser la violence, ceux qui peuvent craindre un peu plus d’en être victimes, et ceux qui s’identifient au redresseur de tort.

Au moment de la sortie du premier Terminator, des enfants de pays en guerre disaient désirer être « comme lui » pour pouvoir protéger leurs proches.

Les études ne comptabilisent hélas que le premier groupe.

C’est évidemment alarmant, mais il y a encore des recherches à mener pour mieux comprendre la complexité des phénomènes.

Lire la suite :
http://www.atlantico.fr/decryptage/bisounours-c-etait-avant-violence-armee-dans-films-pour-enfants-depasse-desormais-celle-qu-on-voit-dans-films-pour-adultes-serge-2946848.html/page/0/1

Tag(s) : #Divers Faits, #Infos Internationales