Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

[Paris] L’addition salée des Vélib’

Le 12 septembre 2016

Le système Vélib’, géré par la société JCDecaux, ne devait rien coûter à la Ville. Au final, la réalité est différente, selon un rapport de l’inspection générale.

Et hop, un contrat prolongé de dix mois ! Alors que le marché d’exploitation de Vélib’ arrivait à terme le 28 février 2017, la mairie a octroyé, au mois de juillet, une rallonge de dix mois au groupe JCDecaux, le gestionnaire.

Motif invoqué : le nouvel appel d’offres pour un marché métropolitain n’aurait pas pu être bouclé à temps.

Curieusement, à l’occasion de cette prolongation, l’Hôtel de Ville n’a nullement fait état d’un rapport de son inspection générale. La maire (PS) de Paris Anne Hidalgo l’a pourtant sur son bureau depuis février dernier.

Dans ce document de 66 pages que nous nous sommes procuré, les inspecteurs de la Ville se montrent très critiques avec le contrat passé en 2007 avec JCDecaux : manque de transparence des comptes, engagements non tenus de la part de la Somupi (filiale du groupe JCDecaux en charge de Vélib’)…

« Si le recours à une société dédiée pour gérer le marché public pouvait laisser présager une meilleure transparence des financements (investissements, exploitation, recettes publicitaires), la réalité est tout autre », regrettent les auteurs.

« L’équilibre du contrat, fortement modifié par trois avenants et deux transactions, est aujourd’hui en défaveur de la Ville », insistent-ils à plusieurs reprises.

Un coût de 16 M€ rien qu’en 2013

On est bien loin de ce qui avait été annoncé en 2007 lors du lancement du service. « La société JCDecaux assume l’entretien et l’exploitation de Vélib’ : cela ne coûte donc pas un centime au contribuable ! Au contraire, notre collectivité percevra une redevance annuelle de 3 M€ […] », se félicitait Bertrand Delanoë, alors maire (PS) de Paris.

Selon l’inspection générale, la facture est, en fait, plutôt salée pour la Ville, surtout avec l’extension du service en banlieue.

Pour la seule année 2013, les inspecteurs ont calculé que Vélib’ a coûté 16 M€ à la mairie.

Pire, on apprend en plus que la rédaction du contrat avec JCDecaux « fait courir des risques à la Ville de Paris ».

« Les conditions de sortie du contrat à son échéance sont lacunaires ; ce qui pourrait rendre les négociations délicates avec la Somupi […] Situation d’autant plus dommageable que c’est la Ville de Paris qui a financé la totalité des investissements (matériels, logiciels) permettant à la société JCDecaux d’améliorer son savoir-faire et de se positionner en leadeur sur le marché », soulignent les inspecteurs.

Ce n’est pas la première fois que le contrat de gestion de Vélib’ est pointé du doigt.

En 2012 déjà, la chambre régionale des comptes avait émis de sérieuses réserves. « Le contrat de 2007 était une première en la matière. Nous en avons tiré des enseignements pour le nouvel appel d’offres : notamment sur les critères de qualité de service qui, au final, devenaient avantageux pour l’opérateur, ou les problèmes de vandalisme dont les coûts avaient été sous-évalués », admet-on au cabinet de la maire de Paris.

« Et dans le prochain contrat, la Ville ne payera pas pour les stations des villes de banlieue », précise-t-on à l’Hôtel de Ville.

Le groupe JCDecaux n’a pas souhaité répondre à nos questions, invoquant « la nouvelle procédure d’appel d’offres en cours ».
***
Les repères

300 000. Les abonnés pour une durée d’un an : c’est le nouveau record enregistré début août par Vélib’. Lancé en 2007 le système enregistre plus d’une location par seconde (75 bicyclettes louées par minute). En moyenne, chaque vélo est loué six fois par jour, sachant qu’il y a eu plus de 292 millions de locations depuis le lancement du service.

873. Le nombre de villes qui, partout dans le monde, seraient pourvues d’un service de vélos en libre-service selon Russel Meddin, consultant américain et fondateur de Bike Share Philadelphia, réseau d’associations qui milite pour la mise en place de systèmes de vélos en libre-service et qui a réalisé une carte mondiale du vélopartage. Les opérateurs sont multiformes (acteurs du transport public, collectivités…) mais ce sont surtout les deux mastodontes qui se partagent le marché : JCDecaux et Clear Channel. Ils étaient concurrents sur le premier appel d’offres pour Paris en 2007.

13. Les pays où JCDecaux et son système de vélos en libre-service Cyclocity est installé. C’est en 2003 que le groupe a commencé son développement à l’étranger en Autriche.

11. Les villes françaises (hormis Paris et sa banlieue avec Vélib’) où le groupe JCDecaux a été choisi pour développer un réseau de vélos en libre-service. C’est la ville de Lyon qui a été la pionnière en 2005. Pour les six premiers mois de l’année 2014, Paris et les communes ayant souscrit au dispositif Vélib’représentaient 73 % des locations du groupe JCDecaux en France.

Source :
www.leparisien.fr/paris-75005/l-addition-salee-des-velib-12-09-2016-6115257.php

Tag(s) : #Divers Faits