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Philippe Goujon (à gauche) et Jean-François Lamour.

Philippe Goujon (à gauche) et Jean-François Lamour.

Le 29 juin 2016

Le maire du XVe Philippe Goujon et le député de la circonscription Jean-François Lamour se sont opposés physiquement à l'accès de migrants à un gymnase réquisitionné pour les héberger. Ce qu'ils démentent.

A la demande de la mairie de Paris, plus de 1 100 migrants installés devant la Halle Pajol (XVIIIe) devaient être reconduits vers une cinquantaine de centres d’hébergements en Ile-de-France. Mais au vu du manque de places, deux gymnases ont été mis à disposition mercredi à titre temporaire pour accueillir une centaine d’entre eux.

Dans le XIIIe, l’hébergement temporaire au gymnase Kellermann semble s’être déroulé sans encombre.

Mais, les migrants redirigés vers le gymnase Cévennes dans le XVe n’ont pas eu cette chance : au bout d’une demi heure, le maire (LR) de l'arrondissement, Philippe Goujon, et le député (LR) de la circonscription Jean-François Lamour, se sont interposés « barrant physiquement l’entrée du gymnase » selon un communiqué de la Mairie de Paris. « Des mots vifs ont été prononcés, des coups de pieds auraient même été donnés ».

Ce que les deux élus démentent.

Anne Hidalgo, elle, a jugé leur attitude « inadmissible » : « Lorsqu’une décision préfectorale est prise, celle-ci doit pouvoir s’appliquer », a réagi l’élue socialiste dans un communiqué évoquant des «mots vifs» prononcés et « des coups de pieds » « donnés dans les baluchon s» des réfugiés.

A midi, faute d'avoir pu pénétrer dans le gymnase, les migrants commencent à s’installer sur l’esplanade voisine. Certains apportent des matelas.

« Notre but, c’est qu’ils n’installent pas de tentes » explique un agent de la Direction de la Prévention et de la Protection de la ville de Paris, prévenu de l’arrivée du groupe alors qu’il était en service dans le quartier.

Une « attitude anti-républicaine et irresponsable » de ces élus locaux

Différents acteurs arrivent au compte goutte. Les membres d’une association sont là pour distribuer des vivres aux migrants principalement originaires du Soudan, d’Erythrée et d’Afghanistan.

Des représentants du Ministère du logement sont également présents pour « s’assurer que la situation est apaisée et que rien ne s’opposera à la mise à l’abri » dans le XVe arrondissement.

« Il ne faut pas que ce soit toujours les mêmes territoires du Nord-Est parisien qui prennent leur part de solidarité » explique Jonathan Sorel, conseiller d’Emmanuelle Cosse et élu écologiste dans le IXe arrondissement. Il dénonce « l’attitude anti-républicaine et irresponsable » des deux élus locaux.

Ce que conteste le maire du XVe arrondissement : « Je suis venu physiquement réprouver cette politique qui accueille tous les migrants sans faire la part des choses entre réfugiés et clandestins. »

Philippe Goujon reproche aussi à la mairie de Paris et à la préfecture de ne pas l'avoir « prévenu ». Réponse de l'Hôtel de ville : « Nous avons averti les personnels de gymnase et les élus dès que la préfecture a fait part de son intention de réquistionner les gymnases ».

Victime d'une polémique entre élus d'arrondissement, mairie de Paris et Prefecture, les migrants attendent patiemment dans le calme un endroit où dormir alors que la fatigue se lit sur leur visage.

« On nous a dit qu’on allait attendre six heures et qu’on serait déplacés dans un autre endroit » explique Muhammad, originaire du Soudan.

« C’est de la maltraitance. Il n’y a aucune communication ni coordination parmi les élus» pointe Stéphanie, qui était à la Halle Pajol au moment du départ des migrants pour le XVe et qui se présente comme leur soutien.

« Non il n’y aura pas de cours de capoeira à 15 heures »

Vers 14 heures, le représentant du Ministère de logement a une nouvelle à annoncer. Pour sortir de l'impasse un autre gymnase va être mis a disposition : « Ce sera au gymnase Robert Keller » qui se trouve à un kilomètre de là, toujours dans le XVe arrondissement.

S'ensuit un petit caffouillage : les migrants veulent y aller à pied, alors que des représentants de la ville de Paris proposent un bus.

Plus d’une heure après, un seul autocar arrive. Mais il n'y a pas assez de place pour tout le monde. Tous accourent leur baluchon à la main.

« Certains vont faire le trajet à pied » annonce finalement une bénévole.

Simultanément, dans le bâtiment Robert Keller, les habituels usagers du gymnase ne sont pas au courant et s'étonnent de se voir refuser l'accès.

« Bonjour madame. Non il n’y aura pas de cours de capoeira à 15 heures» explique gardien du lieu. «Le gymnase est réquisitionné. »

Des enfants venus faire du sport font demi-tour.

Quelques minutes plus tard, le bus dépose les migrants et leurs accompagnateurs qui pénètrent sous le préau. Pour deux ou trois jours, ils sont sûrs de pouvoir dormir à l’abri.

Mais c'était sans compter Philippe Goujon et Jean-François Lamour, accompagnés notamment d'une adjointe au maire chargée de la diversité, de l’intégration et de l’égalité femmes/hommes qui hurle et vocifère.

Philippe Goujon est lui aussi mécontent, et agite une menace. « On nous a dit dix jours, mais vous allez voir, dans un mois ils seront toujours là ».

Puis revient sur la réquisition du matin : « J’accuse le préfet de région de mensonge. » Dit qu'il n'a pas de leçons de solidarité à recevoir : « Nous sommes solidaires, suffisamment. J’ai trois centres d’hébergement pour migrants dans le XVe. Rue du Bessin, rue du Colonel Pierre Avia et dans un pavillon de l’hôpital Necker ».

Difficile pour les migrants entravés de déceler ce mercredi l'élan de solidarité de ces élus du XVe.

Source :
http://www.liberation.fr/france/2016/06/29/deux-elus-du-xve-jouent-aux-vigiles-de-gymnase-face-a-des-migrants_1463012

Tag(s) : #Migrant-e-s, #Ferme ta gueule