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« T’as pas de papiers, tu bouffes pas »

Le 20 juin 2015

Témoignage (anonymisé par mes soins) d’une militante qui a participé à la lutte de soutien aux réfugié(e)s depuis son origine.

Récit forcement subjectif de ce à quoi j’ai assisté après avoir quitté la place Stalingrad

Hier soir, plusieurs dizaines de migrants (entre 50 et 100) sont retournés aux jardins d’Éole. Parmi eux des gens qui n’avaient pu ou n’avaient voulu monter dans les bus (un jeune homme par exemple m’a dit que lui il n’avait pas eu confiance). D’autres qui ont été emmenés à Vincennes dans le bâtiment du centre de rétention transformé en centre d’hébergement d’urgence et qui affolés par les flics, les chiens, les barbelés et le fait qu’on leur aie confisqué leur portable ont préféré partir (eux ils disent s’enfuir). D’autres encore qui même si ils dormaient ailleurs avaient pris l’habitude de venir là au jardin pour y trouver un peu de chaleur humaine ou de quoi manger sans être dans un rapport de charité mais de partage.

Depuis le début du ramadan, une association, Islam de paix, distribue de la nourriture de façon très conviviale, installant des nappes sur les tables en bois du jardin et permettant ainsi aux gens de se poser pour manger de manière conviviale. La veille, après les cours de français, leur distribution de repas avait eu un grand succès auprès des migrants/es et plusieurs personnes solidaires avaient eu un contact sympathique avec les gens de l’association qui étaient là dans un esprit très fraternel vis à vis des réfugiés/ées.

Hier soir, quand nous arrivons après qu’un riverain nous ait alertés/es sur des contrôles de police qui se déroulaient là, les jardins sont bouclés par un cordon de flics. On aperçoit des personnes assises sur les tables au loin derrière ce cordon pendant qu’environ 70 autres sont assises à même le sol, mangeant par terre par terre, interdites d’entrer dans le jardin. Parmi eux nous reconnaissons plusieurs personnes avec lesquelles nous avons passé ces dernières semaines que ce soit à saint Bernard, Pajol, au bois Dormoy ou à Éole. Pendant que nous discutons avec quelques personnes un représentant de l’ordre, comme on les appelle, explique que ce sont les gens de l’association qui ne voulaient pas donner à manger aux personnes sans papiers. Nous n’en croyons évidemment pas un mot.

Les migrants que nous connaissons nous racontent que les nombreux policiers en présence exigeaient les papiers pour laisser passer les gens qui voulaient aller manger. Un flic a dit « Si t’as pas de papiers tu manges pas ». Les gens de l’association se sont énervés et ont du négocier pour qu’on les laisse amener de quoi manger à ceux qui sont donc restés sur le trottoir. Un gars que je connais a honte de me serrer la main car il n’ont pas pu avoir de couverts et ont du manger à la main sans pouvoir se laver après.

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https://lignesdeforce.wordpress.com/2015/06/20/jardins-deole-suite-tas-pas-de-papiers-tu-bouffes-pas/

Tag(s) : #Migrant-e-s