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« Virginie était-elle une fille facile ? »

Le 25 mars 2015

Virginie était plutôt petite, brune aux cheveux courts. Elle se trouvait un peu classique parce qu’elle aimait la peinture et les chats. Elle a été violée et tuée à 26 ans.

Son agresseur n’avait aucun antécédent judiciaire, il était un « copain de copain ». Rien de quoi alerter Virginie quand elle le rencontre dans une soirée d’amis communs. Il la raccompagne le soir venu « parce que c’est son chemin », mais il « pète un plomb », « une pulsion ». Il viole la jeune fille puis, « dans la panique », parce qu’il « ne savait plus comment s’en sortir après », il la tue.

Il lui demande si elle « l’a aguiché »

Renvoyé devant la cour d’assises, il avoue l’acte sexuel sous la contrainte et le meurtre. Pourquoi elle ? Il ne sait pas, elle était joyeuse et sympa. Le président lui demande si elle « l’a aguiché ». Non, peut-être que lui pendant la soirée, il l’aurait un peu cherchée mais de son côté à elle, non Monsieur le président, non.

La possibilité d’une « aguicheuse », du genre dont la société pense « qu’elle l’aurait bien mérité », est donc réfutée par l’agresseur lui-même. Mais le débat ne semble pas clos pour autant, le président veut savoir comment se comportait Virginie avec les hommes.

Quand un ami d’enfance vient témoigner, s’étranglant en sanglots pour dire comment sa vie s’est écroulée, le président s’émeut mais interroge encore : « Virginie était-elle une fille facile ? » Le jeune homme est totalement décontenancé, sidéré, il venait parler de son amie, gaie, forte et qu’on lui a enlevée. Le président ne semble pas faire attention à ce qu’a provoqué sa question, il poursuit :

« On a vu des photos sur lesquelles elle ne portait pas de jupe, mais était-ce toujours le cas ? »

L’avocat proteste, non seulement l’enquête sur la personnalité de la victime ne la décrit aucunement comme séductrice mais quand bien même, si elle avait aimé à tort et à travers, les questions seraient-elles fondées ?

Quel lien font les cours d’assises entre porter une jupe et se faire violer ?
Entre parler aux hommes et se faire tuer ?

La liberté d’expression, pas pour les femmes

Finalement, Manuel Valls a tort sur l’apartheid, les cours d’assises aussi pratiquent des discours de cité.

Mieux vaut être vierge pour se sentir irréprochable, à croire qu’après, les femmes sont abîmées… Mais encore faut-il trouver le juste milieu car il n’est pas certain que la cour d’assises ait apprécié si Virginie avait été voilée...

La liberté d’expression, quoiqu’on en dise, ce n’est pas pour les femmes.

L’homme a été condamné. Perpétuité.

Après le délibéré, au moment où la tradition veut qu’on se salue, les rôles s’inversent et c’est au tour des avocats de questionner les juges.

Pourquoi vouloir connaître à tout prix le nombre de partenaires que Virginie aurait pu avoir ? Pourquoi est-il si important de savoir si « elle aimait les hommes » et « si elle leur montrait » ? Le président répond que de toute façon, ces questions avaient été précédemment posées par les policiers.

Les cours d’assises ne feraient-elles que répéter ? Ne pourraient-elles pas élever le débat ? D’ailleurs, les questions comme les réponses n’ont rien apporté.

Le président s’explique encore :

« Si je ne pose pas de questions à ce sujet, je suis harcelé par les jurés, ils veulent savoir, cette discussion est très présente pendant le temps du délibéré. »

C’est donc que Virginie aurait cherché le viol avec ses vêtements ? Et le meurtre en souriant ? Il y en a bien qui cherchent à se faire tuer en dessinant…

Source :
http://blogs.rue89.nouvelobs.com/derriere-le-barreau/2015/03/25/le-president-de-la-cour-dassises-virginie-etait-elle-une-fille-facile-234389

Tag(s) : #Divers Faits