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[Egypte] Raser Rafah pour isoler Gaza

Le 14 janvier 2015

Le gouverneur du Nord-Sinaï, Abdel-Fattah Harhoor, a annoncé que les autorités ont l’intention de raser complètement la ville de Rafah le long de la frontière entre l’Égypte et la bande de Gaza. Son annonce a été accueillie avec un silence assourdissant, très peu de voix s’élevant pour condamner cette décision.

Selon des sources bien informées, 100 maisons sur un total de 1220 ont été évacuées jeudi dernier dans le cadre de la deuxième phase de l’opération visant à imposer une zone tampon le long de la bande de Gaza.

Une mesure étape par étape

Dans les entrevues menées par Arabi21, les opposants [au régime militaire] ont donné une plusieurs interprétations possibles pour expliquer le silence assourdissant en Égypte sur ce qui se passe à Rafah et dans le Sinaï.

L’une de ces explications suggère qu’au début, les autorités putschistes n’ont pas annoncé ouvertement leur intention de raser la ville de Rafah et que la mesure s’est mise en place progressivement d’octobre 2014 à aujourd’hui.

Cela a débuté avec l’annonce qu’une bande frontalière profonde d’une moitié de kilomètre allait être créée. Cette décision a été mise en œuvre en quelques heures. L’armée a fait exploser les maisons après que les habitants aient été forcés de quitter très rapidement leurs demeures.

Puis il y a eu une décision d’élargir la bande frontalière sur une profondeur d’un kilomètre.

Et enfin, a été faite l’annonce par le gouverneur du Sinaï il y a trois jours que toute la ville de Rafah serait rasée complètement, comme l’explique la militante Asmaa Al-Sayyid.

Les médias égyptiens animent toute une campagne d’incitation à la haine contre les Palestiniens.

La journaliste Samya Mahmoud a déclaré que « les médias ont joué un rôle majeur pour ouvrir la voie à ces mesures, en affirmant à plusieurs reprises que le Sinaï était un foyer pour le terrorisme et les takfiris. Selon elle, les médias ont exploité les attaques contre les soldats comme prétexte pour en accuser Gaza et appeler le chef des putschistes égyptiens (al-Sisi] à faire évacuer la bande frontalière.

Hajar Faafat a déclaré : « Et ce n’est pas tout, car tout au long de cette période, les médias ont continué à nier l’authenticité des vidéos ou des photos qui mettaient en évidence la quantité de souffrance et de violations du droit perpétrées contre le peuple du côté égyptien de Rafah... »

Ali Ghanim, pour sa part, s’est contenté de réciter de la poésie pour mettre en évidence les dimensions de la catastrophe imposée aux habitants de Rafah du côté égyptien :
"Nous avons eu jadis dans notre pays une ville nommée Rafah,
C’était la maison de la beauté et de la tranquillité, un don d’Allah le Tout-Puissant,
Puis vint l’oppresseur qui a été terrible pour sa propre religion,
Il a commencé à détruire ses maisons, éteindre ses lumières et assassiner ses habitants,
Il l’a rasée jusqu’au sol, faisant une faveur aux sionistes,
Et ses disciples, aboyant comme des chiens, continuent de justifier ses actions."

Une proie facile pour les sionistes

Ibrahim Al-Husseini nous dit : « Ainsi, le rideau est tiré. Le seul bénéficiaire de la révolution égyptienne a été l’entité sioniste, et pour les musulmans, il n’y a pas eu de pitié. »

Shaymaa Saïd nous dit : « En effet, la raison principale de la destruction de Rafah est la volonté de briser les reins de la résistance palestinienne à Gaza et d’en faire une proie facile pour les sionistes. C’est la preuve la plus évidente que Al-Sisi et les chefs de son armée sont tous des agents sionistes. Cependant, grâce à sa résistance, Gaza a prouvé qu’elle resterait une épine dans la gorge des sionistes, et que leurs agents périront, avec l’aide de Dieu ».

Israël est-il maintenant en sécurité ?

Un certain nombre de militants partagent la déclaration faite par le professeur de science politique Seif Abdel-Fattah, qui a déclaré dans un tweet : « Les autorités égyptiennes vont complètement raser Rafah pour mettre en place une zone tampon avec Israël. Israël est-il maintenant en sécurité ? Est-ce cela la sécurité nationale égyptienne ? »

Les militants ont également partagé les remarques faites par l’acteur égyptien Khaled Abou Al-Naja dans une interview réalisée par le Huffington Post. Il a déclaré : ... « Je ne parle généralement pas de politique du tout, mais je parle toujours des gens qui vivent dans des conditions injustes. C’est quelque chose sur lequel je ne peux pas garder le silence et j’ai commencé mon interview en parlant des familles égyptiennes qui ont été bannies de leur maisons le long de la frontière. Je crois que c’est une injustice flagrante. Vous ne pouvez pas faire cela. C’est ainsi que tout a commencé. Je ne suis pas un expert en politique. Si vous me poser des questions sur la différence entre Marx et toute autre personne, vous n’obtiendrez aucune une réponse de ma part. »

Dénonciations

Les militants du réseau social ont également partagé la déclaration publiée par Hatim Azzam, second responsable du parti Al-Wasat, qui a abordé la question de l’exil du peuple du Sinaï en disant : « C’est le plan avec lequel le leader du coup d’État militaire cherche à apaiser l’occupation israélienne, en faisant tout ce qui est en son pouvoir pour satisfaire l’entité sioniste et les puissances qui la soutiennent, au premier rang desquels les États-Unis. Le but est de conserver pour les putschistes le soutien de ces pouvoirs extérieurs ».

Dans son communiqué, Hatim Azzam a noté que la démolition de la ville de Rafah était une catastrophe majeure, surtout après la création d’un troisième gouvernorat, appelé « Centre Sinaï ». Il a expliqué que c’était un prélude à la marginalisation du Gouvernorat du Nord Sinaï, une mesure qui consiste à renoncer à l’une des villes les plus importantes et stratégiques dans le nord du Sinaï - la ville de Rafah - et peut-être à mener à une négligence complète de l’ensemble du Gouvernorat du Nord Sinaï.

Le militant Misaad Abu Fajr, ancien membre du « Comité des Cinquante pour amender la Constitution », a déclaré que la déportation du peuple du Sinaï équivalait à une déclaration de guerre contre les trois plus grandes tribus du Sinaï, qui sont - du sud au nord - Trabin, Swarkah et Irmailat.

Il avait précédemment écrit sur Facebook : « Ne pensez pas qu’il s’agit d’une décision qui va passer dans les mêmes conditions que les décisions antérieures. Si vous arrivez maintenant au Caire en provenance d’une région touchée par le terrorisme, et que vous payez un prix pour cela, la fois prochaine vous entrerez en Égypte en provenance d’une zone de guerre. Sans aucun doute, le prix à payer sera alors beaucoup plus élevé ».

Source :
http://www.info-palestine.eu/spip.php?article15150

Tag(s) : #Palestine, #Infos Internationales