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Procès de Saïdou et Saïd Bouamama, 20 janvier 2015, 17ème chambre correctionnelle, Palais de justice de Paris.

Procès de Saïdou et Saïd Bouamama, 20 janvier 2015, 17ème chambre correctionnelle, Palais de justice de Paris.

Depuis Quartiers Libres le 22 janvier 2015

La Présidente du tribunal, à Bernard Anthony, président de l’AGRIF : « Comment avez-vous eu connaissance de ce livre-disque ? ». « On s’intéresse à tous les travaux des groupes racistes », répond-il, avançant l’argument du racisme anti-blanc.

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S’adressant à Saïdou, la Présidente du tribunal demande :

- Quel type de rap vous faites, si tant est qu’on peut répondre à cette question ?

- Je ne comprends pas la question.

- Quel est votre but ?

- Saïdou précise que, faisant partie d’une classe sociale dominée et peu représentée, « la seule solution pour prendre la parole est de le faire de manière alternative, ou artistique ».

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Sur le propos poursuivis pour injure raciale et incitation à la haine raciale, Saïdou et Bouamama expliquent le contexte social et politique dans lequel le projet a été réalisé : celui de 2010 et du débat sur l’identité nationale, des déclarations de politiques comme Hortefeux et Guéant, de la reprise par la droite des thèses de l’extrême droite, de la « libération de la parole raciste » (Saïdou). Un contexte vécu comme « une agression absolue » (Bouamama) dans les quartiers, contre laquelle le livre et le disque sont une « prise de position politique » (Bouamama), qui ne vise pas une catégorie de population particulière (comme les français de souche, par exemple), mais qui veut souligner la que les principales victimes du racisme sont Noirs, Arabes, Mususlmans.

Mr Anthony prend la parole et parle alors « racisme inversé », d’une « dialectique de désintégration », d’une volonté de « remplacer la lutte des classes par la lutte des races », avant de conclure que « c’est une œuvre de guerre civile qu’ils font ».

Bouamama répond qu’il s’agit de « mettre des mots sur les colères » de certains quartiers populaires, et qu’en ça, « c’est l’inverse de la guerre civile ».

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Question de l’avocat de la partie civile à Saïd Bouamama : « Vous dites que le racisme est le fait des dominants. Donc pour vous, il n’y a pas de racisme anti-Blanc ? », ce à quoi il répond que le racisme n’est pas « abstrait », mais un « système » de domination, et que cette rhétorique de l’inversion est récurrente dans les situation de domination, prenant l’exemple des féministes accusées de sexisme anti-homme. L’avocat conclue alors : « Donc pour vous, un Blanc qui se fait insulter dans une banlieue, c’est pas grave ».

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L’avocat des prévenus demande à Mr Anthony s’il est nostalgique de l’Algérie française. Il répond que là n’est pas la question, « mais [qu’il] pense à ces jeunes désespérés de l’Algérie d’aujourd’hui » qui ont été condamné pour avoir crié « Algérie français ! », parce que leurs père leur avait dit comment cette époque était plus appréciable que le système actuel corrompu.

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S’adressant à Saïdou, il lui demande ensuite : « On dit que la musique adoucit les mœurs. Qu’en pensez-vous par rapport à votre musique ? ».

Réponse de Saïdou : « Je pense qu’il suffit de venir à nos concerts pour se rendre compte de la qualité de notre public. On a la chance d’avoir un public très hétérogène (…) J’ai la sensation d’avoir participé à quelque chose d’intéressant (…) Les gens viennent souvent nous dire après les concerts qu’ils ont eu un peu de dignité »

Puis, la procureure à Saïdou : « Quelle place donnez-vous aux Blancs dans vos débats ? Y-a-t-il une place dans ce dialogue pour ceux qui ne sont pas issus de la colonisation ? »

Réponse de Saïdou : « En voyant la sociologie de nos concerts, c’est plutôt multiculturel », précisant que la porte est ouverte à tous les « anti-racistes, anti-capitalistes, anti-impérialistes, anti-sexistes ». « Nous savons qui nous sommes », rajoute-t-il, « j’appartiens à une minorité racisée (…) mais dans nos combats, y’a tout le monde ».

Lire la suite :
https://quartierslibres.wordpress.com/2015/01/22/proces-de-said-bouamama-et-saidou/

Tag(s) : #Divers Faits