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Grèce - Femmes de ménages en lutte

Transmis par Krika - Mai 2014

Par  Effy Tselikas (Athènes)

Après 10 mois de combat, quatre cents femmes de ménage licenciées ont gagné la bataille juridique pour leur emploi. Mais le gouvernement ne veut toujours pas les réintégrer. Récit de cette longue et symbolique lutte, opposant une Grèce laborieuse et solidaire à un État austéritaire.

Ce vendredi 16 mai, l'ambiance est guillerette sur les trottoirs du ministère des finances, à Athènes. La nouvelle est tombée à l’aube : par décision du Tribunal de première instance, 397 des 465 femmes de ménage, dont la "mise en disponibilité" se terminait cette semaine, devront être réintégrées à l'effectif du ministère.

Demain, leur avocat viendra leur en faire l’annonce officielle devant le ministère. Rappelons les faits : l'été dernier, ces fonctionnaires, déjà pas les mieux loties, apprennent à la télévision qu’elles sont mises en disponibilité. Autrement dit, elles devront vivre pendant 8 mois avec 75% de leur salaire et, au bout de ce tunnel, le licenciement. Face aux protestations, le ministère des finances – leur employeur -, et celui de la réforme administrative - qui vise la suppression de 15 000 postes de fonctionnaires en un an - se renvoient la balle.

Le ministre de la réforme, Kyriakos Mitsotakis, joue le rôle du clown blanc. Son message : je vous comprends, je compatis, mais j’ai les mains liées. Quant à Giannis Stournaras, ministre des finances, il endosse celui du contre-pitre: il ne les recevra que 6 mois plus tard pour leur avouer crûment qu’il "faut un certain nombre de départs" et que, rapportent les femmes de ménages, celles-ci sont "les moins fortes, les moins susceptibles d’être soutenues, ce sont donc (elles) qu’on a donc ciblé en priorité".

"Elles" ? Des femmes, 50 ans en moyenne, mères de famille, grands-mères souvent, veuves, divorcées, très peu diplômées. Autant dire que leur chance de retrouver un emploi en Grèce aujourd'hui est nulle.

Despina, 21 ans de travail au ministère, est l’une d’entre elles. Divorcée, deux enfants au foyer, elle a dû chercher du travail. Et ce métier qu’elle n’a pas choisi, elle a décidé de le défendre bec et ongles :

" C’est avec ces deux mains que j’ai réussi à élever mes deux filles. Ce travail nous a donné à manger et permis d’avoir une vie digne, ce n'est pas pour être jeté sur le marché aux esclaves qui se profile. J’allais contente au ministère, il régnait une bonne entente, entre tous, quel que soit notre échelon.

Si on m’enlève cela, il ne me restera rien, je ne pourrai pas m’en sortir. Je n’ai pas réussi à acheter une maison, je suis 'restée au loyer'. Alors, quand la nouvelle est tombée, je me suis dit que je n’avais plus rien à perdre, si ce n’est ma dignité. Et tout a commencé".

C’est ainsi que ces mêmes trottoirs du ministère, en plein centre-ville, ont vu naître le combat le plus inattendu et l'un des plus singuliers de la résistance à la politique de rigueur.

Lire la suite :
http://fr.myeurop.info/2014/05/16/grece-ces-femmes-de-menage-qui-ont-fait-plier-les-ministres-13857

Tag(s) : #Infos Internationales