Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

L'agenda des commémoration à Bordeaux

L'agenda des commémoration à Bordeaux

Appel à la 20ème commémoration du génocide des Tutsi

Un génocide, de par sa conception et son application, est véritablement un crime inavouable : avant, sa préparation est dissimulée ; pendant, sa réalité est démentie ; après, sa nature même est niée.

Qui doit témoigner ? Comment témoigner ? Que fait­on du témoignage ?

J'étais là­-bas, quand le Rwanda bascula ouvertement dans une dérive raciste en octobre 1990, sous  le  prétexte  de  l'attaque  du  Front  patriotique rwandais,  le  FPR  ;  une  organisation  politico­-militaire, composée  principalement de fils d'exilés tutsi ayant fui les premiers massacres de 1959 et les pogroms qui suivirent.  Ainsi, nous qui possédions une carte d'identité estampillée «Tutsi», nous  sommes  devenus,  à  partir  d'octobre  1990,  dans  les  propos  de  ceux  qui  préparaient l'innommable, les complices (ibyitso), les ennemis de l'intérieur.

Le pouvoir totalitaire infligea à ces soi­-disants complices toutes sortes d'humiliations,  d'intimidation  au  travail... 

Les emprisonnements arbitraires et les assassinats devinrent de  plus  en  plus  fréquents. 

Les  Tutsi, animalisés, furent appelés «l es cafards, les cancrelats, les serpents ». Ils devinrent des cibles tandis que  se  répandait  l'idée, constituant une accusation  « en  miroir»,  qu'ils possédaient tous, du nourrisson au vieillard, un plan pour exterminer les Hutu.

La communauté internationale ferma les yeux.

L'historien belge, Filip Reyntjens, situe, dans son livre, Rwanda, trois jours qui ont fait basculer l'histoire, la responsabilité de l'État français : « La France a objectivement soutenu les responsables du projet d'extermination, en s'abstenant de les  décourager  et  en  donnant  l'impression  que,  fort  de  l'appui  français,  l'impunité  leur  était Ainsi,  dans le silence  et l'indifférence, le Rwanda  chemina  vers  un  génocide  dont l'étincelle fut l'attentat contre l'avion du président Habyarimana, le soir du 6 avril 1994.

L'inconcevable se réalisa dans les Mille Collines, dans l'abandon total de la communauté internationale.

L'acte de naissance n'est plus seulement l'acte d'accusation, c'est un arrêt de mort : plus d'un million de tués en une petite  centaine  de  jours.  «Tuez ­les  tous,  il  faut  qu'un  enfant hutu qui naîtra demande à quoi ressemblait un Tutsi » exhorte la radio télévision libre des Mille Collines, la RTLM.

Ma famille a été quasiment décimée.

20 ans après, le Rwanda n'a pas fini de compter les morts d'un génocide qui n'a pas d'égal, ni dans la vitesse, ni dans  la cruauté d’exécution. L'ONU fait une évaluation de huit cent mille morts, dont nul ne connaît la base de calcul. Derrière les chiffres, il y a les vies fauchées, les voix, les sourires, les mémoires  de vieillards qui se sont  éteints. 

20  ans  après, il est temps de chercher à réellement comprendre ce qui s'est passé dans ce moment tragique de l'histoire du Rwanda.

Il est temps d'identifier les causes qui ont permis à l'horreur de se reproduire, et de cesser de se contenter de prendre « ça » comme une preuve de plus de l'abjection africaine.

20 ans après, Paris a traduit devant  les Assises, « un » homme qui était un rouage d'un système soutenu par l'État français.

Ce 14 mars 2014, la condamnation du capitaine Simbikangwa  pour crime  de  génocide  est une reconnaissance du génocide des Tutsi, c'est aussi une  marque d'encouragement  dans  la  lutte  contre  l'impunité. Nous espérons la poursuite des autres  auteurs présumés résidant en France.

20 ans après, le devoir de mémoire nous incombe à tous. Nous ne pouvons pas uniquement nous contenter des commémorations à une date d'anniversaire. Commémorer, c'est aussi faire un effort de reconstitution des faits, c'est sortir de l’ignorance, c'est briser le silence qui mine les survivants devenus muets devant l'ignominie, c'est briser le silence dont se couvrent les bourreaux pour échapper à la justice, c'est briser le silence des décideurs militaires et politiques français de 1994.

Un génocide est un crime qui nous concerne tous. L'indifférence, c'est déjà l'acceptation.

Le monde entier est témoin de l'attente du peuple rwandais, de l'errance des rescapés,  il doit rendre justice, il doit rétablir la dignité des survivants.

Adélaïde Mukantabana,
Rescapée et présidente de l'association Cauri.
http://asso-cauri33.over-blog.com/

Tag(s) : #Agenda, #Infos Internationales