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Transmis par Annelie - Gatineau, le 21 octobre 2013

LE MASSACRE DES INNOCENTS (L’Europe assassine !)

Si vous aussi, la semaine dernière, vous avez vaguement entendu parler des trois-cents-soixante cadavres de migrants repêchés au large de l’ile Italienne de Lampedusa, et que votre cerveau a classé l’information dans la case d’événement banal et répétitif, c’est que vous aussi, comme des millions d’Européens, vous êtes devenus insensibles à une tragédie d’une grande gravité.

Savez-vous la meilleure ? Quand les premiers pécheurs Italiens ont découvert le drame (une nuée de bras s’agitant en l’air et criant « au secours ! »), ils n’avaient techniquement pas le droit de les sauver (interdiction de sauver les clandestins, quand bien même ils meurent sous vos yeux!). Ils ont du d’abord obtenir l’autorisation des gardes-côtes, ce qui, selon leur dires, leur a fait perdre beaucoup de temps. Quand des lois traitent ainsi des humains, est-il vraiment justifié que nous parlions de civilisation ?

Quand je pense aux médias qui, chaque année durant l’été relatent les tragiques noyades de petits enfants dans des piscines en France, je me demande ce qu’il en est de ces milliers de cadavres d’enfants qui reposent au fond de la Méditerranée? De ceux qui se coincent aux filets de nos pécheurs ? De ceux qui s’échouent sur les plages idylliques de Lampedusa avant de rejoindre la foule des anonymes du cimetière de l’Ile ? Morts parce qu’ils voulaient vivre.

« Quelle devra être la superficie du cimetière de mon île ? ». Voilà la question qui hante la Maire de Lampedusa, Giusi Nicolini et qu’elle posait déjà aux responsables Européens en novembre 2012.

3300 migrants se seraient déjà noyés aux abords de l’ile de Lampedusa depuis 2002.

Pourquoi FRONTEX, qui est l’agence européenne pour la sécurité et les frontières extérieures de l’Union Européenne, n’a pas secouru le bateau rempli de Somaliens et d’Erythréens ? (Son budget de 2011 s’élève à 188 millions d’Euros). Car elle n’a pas le mandat de sauver les migrants mais bien d’empêcher l’immigration illégale, et ce à tout prix. Il semblerait donc que L’Europe considère ce macabre bilan de vies humaines comme un moyen de modérer les flux migratoires, ou de dissuader ceux qui voudraient tenter l’aventure.

Cette dérive sécuritaire ne se vérifie pas seulement dans ces effroyables noyades. Les migrants meurent à toutes les portes du Vieux-continent (Malte, Iles canaries, Espagne, Grèce, Maroc ou en Tunisie…). Là-bas, les hommes tombent sous les balles et les coups de matraques des gardes-frontières, ou s’écorchent sur les barbelés qui ne cessent de grimper. Là-bas, des hommes s’asphyxient dans les calles des bateaux ou des coffres de voitures, ils se coincent sous les essieux des camions. Certains se suicident à leur arrivée, parqués comme des animaux dans des camps d’enfermements surpeuplés.

En tout, près de 20 000 personnes ont péri depuis 1993 (l’imprécision des chiffres nous montre à quel point l’UE méprise ce phénomène). Le décompte ne ressemble t’il pas à celui d’une guerre ? L’Europe n’est-elle pas en guerre contre un ennemi qu’elle s’invente ? Ce phénomène dure depuis 20 ans et s’est considérablement intensifié durant les dernières années, mais l’UE n’a jamais considéré qu’il fût assez grave pour en discuter. Elle préfère s’enfermer une politique sécuritaire et meurtrière (à travers le mandat de Frontex).

Derrière les discours médiatiques et politiques qui « diabolisent » les migrants, et qui viennent légitimer les traitements qu’on leur inflige, il y a des histoires de vies brisées qu’on ne raconte pas.

Il y a par exemple celle d’Ismaila Faye. Jeune Sénégalais vivant au Maroc depuis plusieurs années, il a tenté plus d’une dizaine de fois de passer en Europe. C’est pour sa famille qu’il a risqué sa vie à chaque tentative, se jetant dans des mers indomptables ou escaladant de ses mains ensanglantées les hauts grillages de Melilla. En vain. Sa vie s’est finalement éteinte à la gare routière de Rabat, sauvagement poignardé par un Marocain.

Il y a aussi celle de Moussa Seck, un autre Sénégalais qui vivait à Tanger. Sa vie s’est brutalement arrêtée la nuit du 10 octobre dernier, quand il s’est jeté du quatrième étage de son immeuble pour échapper aux contrôles de la police marocaine. Il avait vingt-deux ans. Partis à l’aventure, ce sont leurs dépouilles qui sont retournées dans leurs pays.

Le racisme haineux et les harcèlements policiers dont souffrent la communauté subsaharienne au Maroc ne sont qu’une des conséquences de la dérive des politiques Européennes qui imposent leur idéologie et leur agenda au Maroc et aux autres pays « gendarmes » de l’immigration clandestine pour l’Europe.

Est-il juste le sort que réserve l’Europe aux vies taxées d’illégalité ?... Car ces migrants ne sont pas des délinquants en quête d’exotisme. Ils fuient tous des situations qui ne leur permettent pas de vivre dignement. En France, on entend régulièrement fuser ce genre propos : « On ne peut pas accueillir toute la misère du monde ! ». Il y a quelques années déjà, l’abbé Pierre répondait à cette arrogance par ces mots : « Les provocateurs de toute violence, c’est vous… quand le soir, dans vos belles maisons, vous allez embrasser vos petits enfants, avec votre bonne conscience. Au regard de Dieu, vous avez probablement plus de sang sur vos mains d’inconscients que n’en aura jamais le désespéré qui a pris les armes pour sortir de son désespoir »… que n’en aura le désespéré qui a pris le bateau pour s’en sortir, pour aider sa famille, pour réaliser son rêve… parce que nos raisonnements excluent la possibilité que nous soyons responsables de ces injustices. Comme si l’Europe n’avait rien à voir avec les règles commerciales injustes qui appauvrissent le continent Africain, avec le pillage des ressources naturelles par les multinationales, avec l’envoi d’armes qui alimentent des conflits sanglants, avec le soutien de dictateurs corrompus qui affament les populations.

Stop ! Nous avons assez de sang sur les mains, assez d’avenirs brisés sur nos côtes méditerranéennes. En tant que citoyen Européen, nous avons le droit d’exiger que les fonds de l’Union Européenne servent à secourir les gens en mer, et non à militariser les frontières contre ces prétendus assaillants du désespoir. En tant qu’Européen, ne devrions-nous pas exiger que nos institutions respectent les principes moraux qu’elle impose aux autres ? Les Européens doivent cesser de détourner ses yeux du énième massacre des innocents. Et envoyer à la maire de Lampedusa des lettres de condoléance pour toutes ces victimes de la « globalisation de l’indifférence » (propos du Pape à Lampedusa, juillet 2013), comme si ces morts étaient les leurs, comme s’ils avaient la peau blanche, comme si c’étaient leurs enfants…

Annélie Delescluse

Le texte d'Annelie avec les photos illustratives

Tag(s) : #Migrant-e-s
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